Paul-Émile Doré est né à Saint-Jérôme de Métabetchouan au Lac Saint-Jean en 1924. Il est le quatrième d’une famille de seize enfants, sept garçons et 9 filles dont quatorze sont encore vivants. Son père, Héraclius Doré, est né en 1894, à Métabetchouan, il y est décédé en 1955. Sa mère, Blanche Lizotte dit Lizette, est née en 1902, à Notre-Dame-des-Anges, Moosecreek,  Ontario. Elle est décédée à Métabetchouan en 2002.

 
Ses arrière-grands-parents, Éloi Doré et Joséphine Tremblay, ainsi que son grand-père, Éloi II, les frères et sœurs de ce dernier, arrivent à Chambord vers 1878 et s’installent quelques années plus tard à Métabetchouan

 

L’expérience des " coopératives d’idées "
 

Paul-Émile Doré est issu du milieu rural. Dès son jeune âge, les problèmes sociaux et économiques retiennent son attention. Vers 1938-39, les Cercles de l’Union catholique des cultivateurs (UCC) et La Terre de chez-nous, offrent des cours à domicile que les ruraux étudient en équipe. On le retrouve à quinze ans secrétaire d’une équipe que l’on définira dans le futur, comme des «coopératives d’idées». C’est une expérience qu’il aura l’occasion de vivre à plusieurs reprises.

Ces équipes sont un lieu de discussions et d’échanges d’idées. Les thèmes sont suggérés par La Terre de chez-nous, la Confédération de l’UCC et ou par les gens du milieu selon leurs besoins.  Les plus âgés se rappelleront sûrement cette forme d’éducation populaire qui a précédé et accompagné la naissance et le développement du syndicalisme et de la coopération en milieu rural.

Pendant les études secondaires il discute avec les confrères d’orientation. Il  consulte alors le prospectus de l’École Normale Jacques-Cartier et celui de l’École de Commerce de l’Université Laval.  A l’automne 1943 il se dirige plutôt vers l’École Moyenne d’Agriculture de Chicoutimi. Une orientation se dessine-t-elle ? Il est trop tôt pour le dire. Au cours de ces années de formation  il s’initie également a la gestion en assumant  la gérance de la coopérative étudiante de l’École, l’Idéale

 
Un intérêt indéfectible pour l’agriculture

 

Paul-Émile Doré manifeste alors beaucoup d’intérêts pour l’agriculture, particulièrement pour certaines spécialités dont l’apiculture, production que l’on retrouve dans sa famille sur la ferme de son père, alors qu’il est jeune, et aussi chez un oncle propriétaire d’un rucher, « l’Excellent miel doré ».

 En 1943 et 1944, au cours de l’été, il assume même la surveillance du rucher et fait la récolte du miel au début de l’automne, l’oncle étant requis dans la région de Montréal par le Ministère de l’Agriculture. Il y avait de la maladie dans les ruchers de cette région, ce qui explique le recours à des apiculteurs d’expérience. Le miel, en temps de guerre, était considéré comme produit stratégique et réquisitionné. Il fallait s’assurer de bonnes récoltes.

 

 

Paul-Émile Doré, apiculteur vers 1944

 


En 1944, il débute l’organisation d’un rucher. Dès la première année, il compte une dizaine de colonies qui seront localisées sur la ferme Bergeron située dans le village de Métabetchouan. Ce projet sera mis en veilleuse; Paul-Émile s’est engagé en 1945 à rembourser le comptant d’une ferme acquise par son père et des fonds additionnels sont nécessaires à la réalisation de ses propres projets.
 

À l’automne 1945, il entre donc à l’emploi d’une compagnie forestière. Au cours de l’hiver 1945/1946, dans le cadre des ses fonctions, il couvre trois opérations forestières dans le secteur du lac des Écorces et au printemps 1946 c’est une responsabilité  concernant la drave du «creek» Hubert. Au cours de l’hiver 1946-47, les opérations sont différentes; la fonction est la même. 

 Son poste lui permet de rencontrer beaucoup de jeunes ruraux qui travaillent sur la ferme l’été et l’hiver en forêt. Les entreprises forestières embauchent alors annuellement au Saguenay-Lac St-Jean, pour les saisons de la coupe du bois et de la drave, environ 10 000 travailleurs. Les conditions de vie et le travail sont difficiles et ardus principalement pour les bucherons et les draveurs. En faire une description scandaliserait la génération d’aujourd’hui.

C’est un premier contact avec le marché du travail. C’est rude mais il y a des aspects positifs. Les bucherons s’ennuient le dimanche, Paul-Émile songe à la lecture. Dès le premier hiver il met sur pied une bibliothèque roulante avec la collaboration d’une bibliothèque paroissiale de la région.

 Le travail, et la vie en forêt,  ne lui conviennent pas même s’il y trouve des avantages financiers et des plaisirs que seule la grande nature procure. Pensons aux  nombreux lacs et rivières,  riches en poissons, à la faune nombreuse et variée, à la flore, aux saisons, etc.  L’interrogation n’est pas là. Peut-on penser avoir une famille en étant loin de son foyer? Des compagnons de travail, chef de famille, visitent leur famille une fois par mois et cela depuis des années. A 23 ans c’est une question qui se pose. Ses objectifs à court terme sont atteints et ses rêves refont surface. Il quitte la compagnie forestière en octobre 1947

 

Camp des travailleurs vers 1945-46

La rencontre de Marthe
 

Expérience enrichissante, sans doute, mais il revient à ses projets. C’est un retour dans sa paroisse à titre d’assistant au gérant de la coopérative agricole. Il s’implique alors dans les mouvements de jeunesse et autres organismes locaux. C’est dans l’un d’eux, la Jeunesse agricole catholique (JAC), qu’il fait la connaissance de sa  future, Marthe Gagnon, institutrice, fille de Napoléon Gagnon et de Julianna Villeneuve. Elle était présidente de la JACF paroissial.

Dans la paroisse, il est intéressé par l’agriculture mais aussi par les organismes du milieu, alors qu’il est appelé à y jouer un rôle actif. Il a déjà un poste à la coopérative agricole; il sera aussi secrétaire du cercle de l’UCC, secrétaire-trésorier d’un syndicat de patrons (fromagerie), secrétaire-trésorier de La Mutuelle-Incendie de la paroisse, membre de la Caisse Populaire, animateur d’équipes, etc.

 
L’engagement
 
Son engagement paroissial retient-il l’attention des dirigeants régionaux (ou diocésains) de l’UCC (région à l’époque qui incluait Charlevoix)? On tente de l’attirer au plan régional en faisant valoir l’importance du rôle, ce avec quoi il est bien d’accord. Il sera quand même difficile à convaincre. Ses rêves  en agriculture, et autres, le hantent toujours. Qui ne rêve pas dans la vingtaine ? Et ce qu’on lui propose n’en fait pas partie. On fera même intervenir un aumônier diocésain; finalement il acceptera pour une période de deux ans, au grand dam du curé de la paroisse, qui s’oppose vertement à sa décision. Est-ce la perte d’une ressource qui le fait agir ainsi?  Probablement…
Marthe et Paul en voyage de noce,  Juillet 1949, St-Jean, Ile d'Orléans.
 
En janvier 1949, il entre à La Fédération de l’UCC du Saguenay. Ce ne sera pas le seul événement marquant de l’année : suite à leurs fiançailles à Noël 1948, Marthe et Paul-Émile unissent leurs destinées en juillet 1949. Débute alors une carrière qui durera une quarantaine d’années et un mariage qui prendra fin par le décès de Marthe en 1999, après cinquante années de vie commune et la naissance de 10 enfants.

Disons-le immédiatement, Marthe et Paul-Émile connaissent une vie familiale intense, chaleureuse, affectueuse, stimulante, pleine de projets, mais exigeante. La société québécoise connaît des grands changements, particulièrement en éducation: rapport de la Commission Parent, création du Ministère de l’Éducation, Opérations 55, fondation des cégeps et des polyvalentes, contestations étudiantes, modifications aux programmes d’études, regroupement des commissions scolaires, etc.

Pour revenir aux projets de la fin des années’40, pas question de les abandonner. Même, d’autres opportunités du genre se présentent à lui. Ce qui renforce sa détermination. Ce n’est pas encore «Adieu veau, vache, cochon, couvée et abeilles » pour paraphraser Lafontaine dans La laitière et le pot au lait. Son acceptation, dans son esprit,  constitue un engagement limité dans le temps, avec possibilité de retour à la case départ. Au début de la vingtaine on peut consacrer quelques années à une activité sociale que l’on croît nécessaire.  Et ce que l’on propose à l’UCC ressemble beaucoup plus a du «missionnariat» qu’a un emploi d’avenir.

Il faut bien le dire, les premières années constituent une période parsemée de situations exigeantes; elles ne peuvent être envisagées sans convictions profondes. Une seule phrase qualifie de genre de besogne : « c’est un travail de pionnier»; on est à l’origine de l’Union des producteurs agricoles (UPA) d’aujourd’hui. Un véritable défi partagé par une petite équipe. Il faut rappeler ici que l’organisation professionnelle agricole en était alors à ses balbutiements.     
 

Un choix de vie

Le temps passe vite. Déjà trois années se sont écoulées : il lui faut prendre une décision, il quitte ou il reste. Une analyse s’impose: il est en contact régulièrement avec le milieu dont il est issu et qu’il aime, il s’est familiarisé avec le territoire régional, son travail lui plaît et l’équipe l’intéresse. Le test de la balance: d’un coté, ses rêves qui sont toujours présents et de l’autre une réalité qui fait le poids. Un cheminement s’est fait depuis janvier 1949. Il fera carrière, avec beaucoup d’intérêt et de passion, dans le domaine de l’organisation professionnelle agricole et du milieu rural, choix  qui répond à beaucoup de ses idéaux.

Toutefois il restera toujours fasciné par l’abeille, ses produits et leurs dérivés. Lors d’un voyage en France en 1967, il visitera LA MAISON DU MIEL, sise sur la rue Vignon, à Paris, (tout près de la Madeleine) où l’on offrait 200 produits et dérivés de la ruche, et où on était en relation avec des apiculteurs de toute la France et de pays étrangers. C’est merveilleux, dira-t-il! En voyageant il arrête là où est annoncé du miel. Il en achète parfois, surtout il jase avec les responsables.

Première conséquence de sa décision, déménager sa famille à Chicoutimi à la fin de l’été 1953. Il demeurait à Métabetchouaun, hésitant à troquer la campagne pour la ville.

Dès son entrée en 1949 il est affecté à la comptabilité agricole et à l’impôt sur le revenu des agriculteurs. Par la suite et assez rapidement, il touche à plusieurs domaines comme aide ou premier responsable : expertise agricole, vérification de coopératives, intervention dans les chantiers coopératifs,  direction d’une équipe de représentants en assurance-vie et générales,  médiation, responsable d’une émission radiophonique, membre de comités provinciaux, directeur général du Centre  Social Rural, Inc, et de La Caisse d’établissement du Saguenay, trésorier de la Fédération et assistant au secrétariat. Le cumul des tâches et responsabilités était une nécessité dans les débuts. 
 

On est en 1968, deux décennies prennent fin au cours desquelles il occupe d’autres fonctions, entre autres, membre de l’exécutif de la Mutuelle SSQ, Québec, à    titre de trésorier, et directeur général d’un chantier coopératif pendant six mois, le temps de refaire un financement. Le principal champ d’opérations de ce chantier était à 100 milles de Chicoutimi.

 

Fondation de la Caisse d'établissement du Saguenay
 
La Fédération de l’UCC du SAGUENAY, en collaboration avec d’autres organismes professionnels agricoles, fondent en 1953  La Caisse d’Établissement du Saguenay. Il est parmi les membres fondateurs. Il est élu au conseil de surveillance, poste qu’il échange deux ans plus tard avec un commissaire de crédit. A partir de 1958, en plus de son  poste à l’UCC,  il occupe  la direction générale de La Caisse d’Établissement, dont la croissance,  avec les années,  exigera de plus en plus de son temps. Cette situation prendra fin officieusement en 1968 et officiellement en 1970.

Il devient alors directeur général de la Caisse d’établissement à plein temps.
En 1969, il est élu au conseil d’administration de la Fédération des Caisses d’établissement et en 1972, il en devient le président. Au cours de cette même année, il est nommé au conseil d’administration d’une compagnie mutuelle d’assurance à Montréal. En 1979, il quitte son poste à la Fédération des Caisses d’Établissement.

La Caisse d’établissement du Saguenay-Lac-Saint-Jean est une entreprise(1984) dont l’actif excède $50 millions, les revenus, $2 millions  annuellement, qui a une réserve générale et une capitalisation importantes  et des effectifs dépassant  la centaine. Elle est en bonne santé, connaît un développement intéressant et harmonieux, a une excellente rentabilité et garantit à ses membres (20,000) les services et la sécurité qu’ils recherchent.

Sa mission sociale et économique est importante dans la région, alors qu’il y a toujours des jeunes qui ont besoin d’assistance pour réaliser leur projet. Elle sera tout de même vendue quelques années plus tard à un compétiteur et son avoir propre ( financier) sera réparti entre les détenteurs du capital social qui le verront multiplier par neuf (9). Un bon investissement social et financier qui disparaît.     
 

Voir, juger, agir

 

Sa formation fut pour lui une préoccupation constante et permanente. La curiosité intellectuelle, le goût de comprendre, d’apprendre, et de savoir, c’est lui. Mais c’est aussi un homme d’action. Le « voir, juger et agir » des mouvements de jeunesse de son temps était son leitmotiv.

Pendant quelques décennies, il ne cessera d’étudier en s’inscrivant à des cours d’extension qui correspondent aux tâches du moment auprès d’universités et de cégeps. Il lui arrive fréquemment de se procurer les livres du maître et d’apprendre seul les matières. Il participe à de nombreuses sessions intensives et à des missions économiques à l’étranger. Les journaux d’envergure nationale entrent régulièrement dans la maison : Le Devoir (depuis qu’il a 25 ans), La Presse, Le Soleil, Le Progrès du Saguenay, Le Quotidien et plusieurs revues françaises et québécoises. Ses besoins et ou ses passions du moment inspirent l’achat de ses volumes, dont la bibliothèque contient plusieurs centaines de titres

 

Ses loisirs : principalement la lecture tout au long de sa vie, et comme sport, le golf et le ski, un peu de pêche  et un tout petit peu de chasse. L’été, la famille vit à Métabetchouan sur les bords du Lac Saint-Jean, dans un chalet qu’il a construit lui-même avec l’aide d’amis et de proches à l’occasion de corvées.

En 1970 il est admis à la Corporation des Évaluateurs agréés du Québec. Automne 1981, inscription en maîtrise à la Faculté des Arts, option coopération, Université de Sherbrooke, reprise du travail en septembre 1982,  admis à la Corporation des Administrateurs Agréés du Québec en 1984 il amorce finalement  sa retraite en mai 1986. Il conserve un lien avec l’entreprise jusqu’en décembre 1987.

Camp de chasse sur les Monts-Valin


 

Bénévolat et retraite
 

Sa vie sera marquée aussi par du bénévolat, seul et en compagnie de son épouse, auprès de plusieurs organismes de la région : Le Camp musical du Lac Saint-Jean La Fondation Roland Saucier,  La Société généalogique du Saguenay, l’Association des familles Doré et les associations de parents en général. 

Paul-Émile fonde l’Association des parents des étudiants du CEGEP, et une caisse populaire de quartier,  etc.  Il siège sur un comité de sélection de juges,  au conseil d’administration du Collège régional et comme échevin, ville de Rivière-du-Moulin

Marthe, de son coté, s’occupe des œuvres de la paroisse , fonde un centre d’information et de référence pour personnes handicapées,  siège au conseil des marguilliers,  est sollicitée par l’AFÉAS pour ses interventions, anime des groupes de rencontre, reçoit des demandes d’aide de personnes démunis et fait des démarches pour les satisfaire, etc Elle s’inscrit à l’Université du troisième Âge.  Elle est toujours là pour le  bonheur des  enfants.  Son sport favori est la bicyclette.

Alors qu’il est à la retraite, en 1988 et 1989,  Paul-Émile Doré  s’inscrit en maîtrise à l’Université du Québec à Chicoutimi (PMO). Il est intéressé par des cours en méthodologie de la recherche. À l’UQAC et au Cégep de Jonquière, il prend  des cours en informatique. C’est à partir de ce moment qu’il s’intéresse pour de bon à l’histoire et à la généalogie, un passe-temps qu’il avait mis  de coté au cours de la décennie ’50. Aujourd’hui c’est devenu  (presque) une autre carrière.