Adrien Doré et son pont en Abitibi

Le 18 septembre 1946, avec ses 10 enfants, la famille d’Adrien Doré et Jeanne Bissonnette vient s’établir à La Reine, sur une terre bordant la rivière du même nom, et qui n'est encore que partiellement défrichée. Ce lopin de terre possède la qualité d'être plane et surtout, on n’y trouve pas d'innombrables roches et cailloux comme sur les terres de la région d’origine de la famille, au nord-ouest de Mont-Laurier (Ferme-Neuve et Mont-St-Michel). Sept autres enfants naîtront en Abitibi.

Par ANDRÉ DORÉ

Au début, Adrien Doré possède quelques bovins, chevaux et vaches laitières. La traite des vaches se fait bien sûr à la main et il livre la crème à la beurrerie locale. En 1952, il agrandit l'étable pour y loger des truies et en 1953, il engraisse des porcs sur lattes dans une porcherie qu'il a construite en bordure de la rivière. De l'autre côté de la rivière, sur un terrain voisin de M. Charles-Édouard Desrochers, se trouve la beurrerie (une coopérative) qui a un surplus de lait de beurre qui est déversé dans la rivière (une hérésie aujourd'hui). Adrien obtient l'autorisation d'utiliser ce résidu et installe alors un tuyau (un pipe-line) qui surplombe la rivière pour la relier à ses installations ; il incorpore ce sous-produit à l'alimentation de ses porcs. Plus tard, il élèvera aussi des moutons puis des animaux de boucherie, toujours en gardant un petit nombre de vaches à lait. Adrien Doré aura été l'un des plus gros producteurs agricoles de La Reine. En laissant la relève de la ferme à son fils Firmin en 1963, il deviendra laitier et distribuera le lait en pintes et la crème en chopines et demiards (contenants et mesures du temps) aux résidents du village.

La ferme était située sur la rive ouest de la rivière La Reine et il n’y avait pas de voie de communication facile pour se rendre au village. Jusqu'en 1957, la chaloupe était le moyen utilisé pour les déplacements. Les machines devaient faire un détour chez Irénée Richard, le voisin, et traverser sur un chaland.

La ferme était située sur la rive ouest de la rivière La Reine et il n’y avait pas de voie de communication facile pour se rendre au village. Jusqu'en 1957, la chaloupe était le moyen utilisé pour les déplacements. Les machines devaient faire un détour chez Irénée Richard, le voisin, et traverser sur un chaland.

Le pont construit par Adrien Doré, lot no 3 et 4 du rang X, Canton La Reine (Abitibi).

En 1963, après 17 ans d'isolement et avec l’aide de ses fils, il construit un pont qui enjambera la rivière. Le pont comprend 14 piliers à intervalles de 16 pieds avec un passage de 35 pieds au centre pour la circulation nautique, le tout sur une longueur de 260 pieds entre le premier et le dernier pilier. Chaque pilier contient 4 poteaux plantés jusqu'au roc, pour un total de 56. Avec les approches, le pont devait probablement mesurer pas moins de 300 pieds. Cette construction permettra l'accès direct de la ferme aux véhicules motorisés. Des visiteurs de toute l'Abitibi viennent passer sur le pont qui devient la fierté de la famille et de «l'architecte»...

Cinq ans plus tard, en 1968 ou 1969 (?), après que la municipalité eût gravelé un chemin jusque chez Firmin Doré (le fils d'Adrien, devenu propriétaire des lieux), la famille reçoit une lettre de la municipalité, l’enjoignant de défaire le pont. Après une période de cinq ans, il semble que le pont devenait à la charge des autorités municipales. On croit qu'afin d'éviter d'entretenir le pont, on a préféré le faire démanteler. En contrepartie, on avait aménagé un chemin gravelé qui se rendait jusqu'au domicile du propriétaire du pont «indésiré et indésirable», passant par le pont du voisin bâtit par le ministère des Transports et sur une partie des terres des deux propriétaires.

Aujourd'hui, les Lareinois et Lareinoises de moins de 50 ans n'ont aucun souvenir de ce pont qui a tant fait jaser... En publiant ici, sur ce site, ces quelques notes et quelques photos, vous saurez qu'à une époque pas si lointaine, il y a eu de ces bâtisseurs parfois oubliés qui, comme mon père, ont fait que « quand on est de La Reine, il faut être fier de se tenir droit ! »

(Quelques notes sur mon père, Adrien Doré, un descendant de Louis (1666): Ferdinand, Honoré, Moïse, Pierre, Joseph, Jacques-Philippe, Louis, Pierre-Louis, Louis (1666), Pierre.) A.D.